top of page

La dépendance affective

Un défi à surmonter pour s’épanouir

Auteur : Jean-Luc Mogenet

Jean-Luc Mogenet

- Psychologue clinicien

- Psychothérapeute

- Ancien chef de service

- Préparateur mental sportifs de haut niveau

- Optimisation des performances

- Gestion du stress

Publication : 19/10/2023

10 min

La dépendance affective

Crédit photo : Sasha Freemind sur Unsplash

Quelques éléments théoriques fondateurs

Comprendre la dépendance affective

Crédit photo : Mark Potterton sur Unsplash

Définition dépendance affective

La dépendance affective est un état psychologique, pouvant générer des troubles de la personnalité, qui se manifeste par un besoin de rechercher de manière compulsive et excessive l'approbation, l'attention et l'affection d’autrui, souvent au détriment de son propre bien-être.

La personne se sent incomplète ou insécurisée lorsqu'elle n’est pas en relation étroite avec quelqu'un d'autre. Elle a souvent peur de l'abandon et a du mal à être seule.

La théorie de l’attachement

Il est pertinent de se référer à la théorie de l’attachement dont le principe de base est qu'un jeune enfant a besoin, pour connaître un développement social et émotionnel normal, de développer une relation d'attachement avec au moins une personne qui prend soin de lui de façon cohérente et continue. C'est dans ce sens que l’on conçoit que l'attachement est primordial pour l'évolution psychologique de l'enfant.

Cette théorie a été formalisée par le psychiatre et psychanalyste John Bowlby. Puis, dans cette dynamique de recherche, la psychologue du développement Mary Ainsworth identifia trois types d'attachements, ou schèmes, qu'un enfant peut adopter envers une figure d'attachement : sécure, anxieux-évitant (insécure), et anxieux-ambivalent ou résistant (insécure).

Des recherches ultérieures menées par la psychologue Mary Main ont permis d'identifier un quatrième type d'attachement, appelé attachement désorganisé/désorienté.

Cette théorie de l'attachement fut étendue aux relations sentimentales chez les adultes par les psychologues Cindy Hazan et Philip Shaver qui définirent quatre styles d'attachement : sécure, anxieux-soucieux, distant-évitant, craintif-évitant (pour approfondir ces notions : Nicole Guedeney, Antoine Guedeney, L'attachement : approche théorique, 2015, Editeur : Elsevier Masson).

Causes multiples de la dépendance affective

La dépendance affective peut avoir diverses origines et se développer à partir d'une combinaison de facteurs psychologiques, émotionnels, et environnementaux.

Les expériences de l'enfance, les modèles familiaux, les événements de vie traumatiques (perte d’un être cher, rupture douloureuse, maltraitances physiques et psychologiques, manque de soutien émotionnel) ont une influence significative sur la formation de notre personnalité et donc sur nos schémas de comportement qui se manifestent dans et par notre manière d’interagir avec l’entourage de la sphère familiale, amicale jusqu’à celle du travail.

Elle peut varier en intensité d'une personne à l'autre et être influencée par de multiples facteurs. Prendre de la distance avec cette dépendance implique une exploration approfondie de ces (ses) origines, afin de mieux comprendre ses schémas de comportements et développer d’autres manières d’être pour établir des relations plus saines et équilibrées avec autrui. La psychothérapie, comme la thérapie cognitivo-comportementale sont de puissantes clés pour sortir de ces zones enfermantes et ainsi ouvrir sur d’autres possibles et possibilités d’exister.

Les symptômes

Symptomes dependance affective

Crédit photo : Karim MANJRA sur Unsplash

La dépendance affective se manifeste par une série de comportements, de pensées et d'émotions qui indiquent une forte dépendance aux autres :

👉 Obsession des relations

Avoir du mal à être seul et à vivre sans être engagé dans une relation, passer beaucoup de temps à penser à son partenaire même si ce lien est insatisfaisant et frustrant ou à rechercher activement un ou une partenaire.

👉 Peur de l'abandon

Devenir anxieux ou paniqué à l'idée d'être laissé voir même séparé (parfois temporairement) par sa conjointe, son épouse ou de perdre son affection entraînant souvent un lien quasiment fusionnel (jusqu’à confusionnel) générant un refus que l’autre s’éloigne dans une exigence de proximité permanente.

👉 Recherche constante de validation

Chercher à obtenir des compliments, des preuves d'amour ou des affirmations de son partenaire ou de son entourage.

👉 Sacrifice de soi

Mettre les besoins et les désirs des autres avant les siens, au détriment de son propre bien-être : ne plus penser à ses propres intérêts ni vivre ses passions pour maintenir la relation.

👉 Négligence de soi

Avoir une faible estime de soi et ne pas prendre soin de soi sur le plan physique et émotionnel. Cela peut inclure le manque de respect pour ses propres limites et le fait de tolérer des comportements inacceptables de la part du partenaire.

👉 Relations déséquilibrées

Tendance à entrer dans des relations où l’autre domine (maltraite et humilie), à tolérer des comportements abusifs (manipulation, exploitation) ou destructeurs (violences physiques et psychologiques) par peur de perdre cette relation.

👉 Jalousie excessive

Être excessivement préoccupé par les interactions du partenaire avec d'autres personnes et les interpréter comme des menaces pour la relation (doutes obsédants), refus de tenir compte du “non” de l’autre ou de son indisponibilité (vécu comme : si tu ne penses pas à moi, tu as quelqu’un d’autre) avec toujours le risque de réactivité et impulsivité.

👉 Évitement de la confrontation

Esquiver les conflits ou les désaccords avec l’autre par peur de le perdre (être rejeté ou abandonné), être réticent à exprimer ses besoins ou opinions de crainte de créer des tensions.

👉 Dépression ou anxiété

La dépendance affective peut entraîner des problèmes de santé mentale en raison du stress constant lié à la recherche d'approbation et de la peur de l'abandon.

Le fait d’avoir du mal à établir des limites saines avec le partenaire et à maintenir sa propre identité génèrent des conséquences néfastes sur la vie quotidienne.

Troubles psychiques associés à la dépendance affective

On peut citer notamment la dépression, la bipolarité, les troubles anxieux (phobie, anxiété sociale, peurs paniques), les troubles obsessionnels compulsifs.

Source d’un mal être psychique quasi constant dans la réalité quotidienne elle peut aussi générer des addictions notamment à l’alcool (pour tenter de “noyer” la peur constante de l'abandon pouvant entraîner des réactivité fortes et violences physiques sur l’autre) mais aussi toutes formes de jeux d’argent (en ligne ou casino) source d’isolement majorant encore plus le stress et le besoin de l’autre.

Différence entre amour et dépendance affective

L’amour et la dépendance affective sont 2 concepts distincts qui peuvent être confondus en raison de leurs similitudes, mais ils ont des caractéristiques et des implications différentes.

L’amour se comprend puis se vit comme :

  • Un sentiment profondément positif et sincère envers une personne source d’affection, de tendresse, de passion, de respect et de désir de bien-être pour l’autre;

  • Basé sur la liberté et le respect mutuel permettant à chacun de s’épanouir en tant qu’individu unique et autonome;

  • Confiance mutuelle mais aussi soutien aux choix et développement personnel;

  • Un équilibre sain entre soi et l’autre et non exclusif ou obsessionnel.

Vous êtes en difficulté ?

On est là pour vous et on a bien bossé :

On a rassemblé les meilleurs psychologues, spécialisés dans la santé mentale masculine.

La crème de la crème.

La dépendance affective se manifeste par :

  • Un besoin excessif d’affection et de réassurance de la part de l’autre, une recherche permanente de plaire dans une absence de réciprocité;

  • Un manque d’estime de soi et un sentiment de vide intérieur comme si on n’existait que par le regard que l’autre nous porte;

  • Une cristallisation mentale unique et démesurée telle une obsession de l’autre dans une peur constante qu’il nous trompe ou nous quitte ensuite;

  • Des difficultés à mettre en place des limites saines et maintenir des relations équilibrées dans un registre de fusion-confusion relationnelle.

En résumé

Les principales différences entre l’amour et la dépendance affective résident dans leur nature et leurs effets sur et dans la relation à l’autre. La première est une émotion positive qui favorise le bien être mutuel, la confiance et l’autonomie tandis que la seconde caractérisée par un besoin excessif d’attention préjudiciable tant à la personne dépendante qu’au partenaire dont elle dépend.

Comment sortir de la dépendance affective ?

Comment sortir de la dépendance affective

Crédit photo : Steffen Lelewel sur Unsplash

S’en détacher est tout à fait possible avec de la motivation, de la persévérance, de la compréhension de soi et un soutien approprié.

 💡Le saviez-vous ?

En prendre conscience : la première étape est de reconnaître que vous en souffrez. Prenez le temps de réfléchir à vos comportements et à vos schémas relationnels pour identifier les signes de dépendance.

Trouver un soutien professionnel : consulter un psychologue clinicien psychothérapeute est utile pour comprendre les origines de votre dépendance affective et développer des stratégies pour la surmonter. Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) sont de très bons outils.

Sur quels axes travailler ?

Sortir de la dépendance affective

Crédit photo : Jason Hogan sur Unsplash

La dépendance affective se manifeste par une série de comportements, de pensées et d'émotions qui indiquent une forte dépendance aux autres :

🗝️ L’ estime de soi

Renforcer la confiance en vous en identifiant vos forces et vos réalisations, en fixant des objectifs personnels réalisables à court et moyen terme puis en évaluer les avancées.

🗝️ Les limites personnelles

Apprenez à définir des limites claires dans vos relations et à les respecter. Cela signifie dire "non" lorsque c'est nécessaire et ne pas sacrifier vos besoins et vos valeurs pour maintenir une relation.

🗝️ L’indépendance émotionnelle

Développez vos capacités à gérer vos émotions de manière autonome en apprenant des techniques pour réduire significativement l'anxiété, telles que la méditation, la respiration profonde, la visualisation mentale. La pratique quotidienne de ces techniques vous aideront à faire face aux émotions négatives sans rechercher immédiatement le réconfort d'une autre personne pour parvenir ainsi à être heureux par vous-même, sans dépendre constamment des autres pour votre bien-être émotionnel.

🗝️ Les aspects relationnels toxiques

Identifiez les schémas de comportement qui ont contribué à votre dépendance affective. Cela peut inclure des mécanismes de pensée négatifs ou des choix de partenaires peu appropriés.

🗝️ Le réseau social

Élargissez puis établissez des relations avec d'autres personnes en dehors de votre relation amoureuse si possible avec des passions communes intellectuelles ou sportives. Cela va réduire progressivement votre dépendance à une seule personne pour votre bien-être émotionnel mais aussi ouvrir sur d’autres points de vues possibles.

🗝️ Un regard bienveillant sur soi

Soyez patient avec vous-même. Le processus de guérison dans une forme de résilience peut prendre du temps et il y aura probablement des rechutes possibles en cours de route. L’accepter est déjà une avancée incontournable pour cheminer plus sereinement.

Se libérer de la dépendance affective peut être un voyage difficile, mais il est essentiel pour construire des relations saines et équilibrées.

J'ai envie de me séparer mais je reste. Pourquoi ?

Homme en dépendance affective

Crédit photo : Ayo Ogunseinde sur Unsplash

Les raisons sont complexes, variées et plus ou moins conscientes ou réelles mais il existe quelques tendances générales :

  • Confort, habitude ou routine et familiarité : crainte de l'inconnu ce qui pousse à rester dans une relation même si les sentiments ont changé et que la relation devient tensionnelle voire toxique;

  • Peur de la solitude : impossibilité à se représenter mentalement le fait de se retrouver seul et l'incertitude qui pourrait accompagner cette rupture;

  • Pressions sociales : de la famille, des amis ou de la société influencent voir confirment aussi la non prise de décision de quitter l’autre craignant d'être jugé ou stigmatisé;

  • Obligations financières ou familiales : Les responsabilités communes (enfants, biens partagés ou crédits) rendent difficile la rupture d'une relation, même si les sentiments ont changé;

  • Espoir de changement : croire que son partenaire va changer avec le temps et que la relation s'améliorera. Espoir que l'amour revienne ou que les problèmes relationnels se résolvent;

  • Peur des conflits : La confrontation et la gestion des conflits peuvent être stressantes pour certaines personnes. Elles peuvent préférer éviter les confrontations en restant dans une relation plutôt que de faire face aux désagréments d'une rupture;

  • Faible estime de soi : penser que l’on ne mérite pas mieux et qu'on doit accepter une relation même insatisfaisante;

  • Incapacité à identifier ou à exprimer ses propres sentiments : avoir du mal à reconnaître ou à parler de ses ressentis dans une difficulté à mettre en mots ces maux. Rester dans un mal être ambiant sans parvenir à conscientiser ou réellement s’entendre dire ou formuler que la relation ne peut plus durer;

  • Manipulation ou contrôle : être sous l'emprise de son partenaire qui le conditionne à penser qu'il ne peut pas partir.

Il est important de retenir que rester dans une relation insatisfaisante n'est généralement pas bénéfique à long terme pour aucune des parties impliquées.

Les relations saines sont basées sur l'amour, le respect mutuel et la communication. Si quelqu'un se trouve dans une relation génératrice de souffrance psychique, il est nécessaire d'envisager une réflexion sérieuse sur les raisons de son maintien dans cette relation et de rechercher un soutien auprès d'un professionnel de la santé mentale, pour explorer ses options et faire des choix éclairés concernant l'avenir de la relation.

Récit : les effets porteurs de la prise en charge psychologique

Mr G, la trentaine, se décrit comme "stable dans ma vie professionnelle, impliqué comme cadre, soucieux du bon management de mes équipes, je prends aussi le temps de pratiquer du sport en salle tout en allant très souvent marcher en forêt le we".

 

Cependant, il se questionne du pourquoi il ne parvient pas à maintenir une relation amoureuse dans la durée.

 

Au cours de nos entretiens, il parvient rapidement à prendre conscience qu’il a tissé un lien affectif très fort avec quelqu’un : sa mère. Cela fait plus de 10 ans qu’il a perdu son père et que sa mère depuis le décès brutal de son époux n’a pas recherché un "nouveau" compagnon de vie. Il l’appelle plusieurs fois par jour, l’accompagne pour faire ses courses, vient lui rendre visite quasiment tous les soirs (leurs habitations respectives étant distantes de quelques kilomètres).

Il a pris la décision "sur la demande" de sa mère suite au décès de son père de prendre un appartement (ayant toujours vécu au domicile de ses parents jusqu’à ses 25 ans). Il reconnaît avoir "toujours été très proche de sa maman". Il a fait durant cette période de dix années des rencontres féminines plus ou moins sérieuses, plus ou moins longues mais finissant toujours par une rupture décidée par elles. Le motif qu’elles verbalisaient étaient chacunes à la façon toujours le même: "tu aimes plus ta mère que moi", "tu te soucies plus d’elle que moi", "elle passe toujours avant moi", "tu lui donnes toujours raison", "elle a toujours le dernier mot", etc.

Le travail psychothérapeutique a permis qu’il prenne conscience de sa dépendance affective, des effets négatifs que ce lien fusionnel engendrait sur sa vie quotidienne ainsi qu’amoureuse, qu’il restait enfermé dans une position de "grand enfant" sans possibilité d’affirmer réellement son statut d’homme. Aujourd’hui il vit en couple dans une région voisine de la maison de sa mère, ont fait le projet avec sa compagne de se marier prochainement, pensant également devenir père. Il aime toujours sa mère mais ne se sent plus responsable de sa vie.

Il est parvenu à se défusionner progressivement (non sans crises), construisant son indépendance psychique avec toujours à l’esprit de ne pas reproduire le même type de relation excessive et exclusive avec sa future épouse.

Pour conclure

La dépendance affective génère de grandes souffrances mentales, sources de mal être au quotidien (sphères familiales, amicales, professionnelles) qui risquent d’engendrer des troubles de la personnalité conduisant malheureusement souvent à un isolement.

Elle n’est pas inévitable, inéluctable comme une fatalité à supporter toute une vie : des solutions existent, comme un suivi psychothérapeutique, ouvrant sur des possibles. Un réel défi certes mais nous libérant d’un destin contraignant, tragique de dépendance affective pour vivre une nouvelle existence de bien être personnel pouvant également créer à son tour une relation amoureuse véritable.

Sources :​​

  • John Bowlby : Attachement et perte: Séparation, colère et angoisse vol. 2; la perte vol. 3, Paris, Presses universitaires de France, 1978)

📢 A VOUS LA PAROLE 📢

On vous invite à communiquer avec nous : on est sûrs que vous avez des commentaires sur cet article et on serait ravis de les entendre : bon, critique, tant que c'est constructif, on est partants !

Et si vous avez des envies de sujets à traiter pour de prochains articles, pareil, faites nous signe !

bottom of page